09-08-2014
Ecrins
1150
2672
3809
F
Première en alpi pour 2 Jurassiens !
 
Samedi, 8h00 tapante, Lyon.

 

Matos vérifié, c’est parti sous les nuages un peu menaçants pour l’Oisans, on croise les doigts ! Arrivé sur place la météo se déride et on s’éclaircit, à moins que ce ne soit l’inverse, les sacs sur le dos et le couvre-chef de rigueur, on attaque la grimpette depuis le bout de la route de St-Christophe en Oisans jusqu’au refuge de la Selle. Rien à signaler, le temps se tient contre toute attente, les jambes sont dérouillées prêtes pour le gros morceau du lendemain !

 

Le samedi après-midi se passe au refuge tranquillement, et après 3 doigts perdus et un oeil au beurre noir sur quelques parties de Jungle Speed (le tout sous un ciel stable), tout le monde au lit.

 

Dimanche, 4h00, refuge de la Selle.

 

On est là tous les 5, Camille, Aurèle, Pierre, Christophe et Thibaut. S’agit pas d’en oublier un dans le bas-flanc ! On se transforme en phare et on saute dans la nuit ! Glacier atteint vers 6h00, conditions optimales, température clémente. On fait 2 cordées (Pierre-Camille-Aurèle / Christophe-Thibaut), le glacier est bien fermé, on passera en une heure dru dans le… euh bon il est tout plat ce glacier.

 

À la rimaye juste sous la brèche du Râteau un pont de neige nous attend exprès (on avait pris soin de le commander depuis le refuge). Ça tient bien, on passe un par un sans problème, avec un petit coup d’oeil en bas tout de même car le fond est bien loin sous nos pieds vifs-z-et-agiles ! On grimpe dans la brèche en s’assurant sur 2 spits doublés (à environ 10 mètres d’intervalle) sur du bon rocher avant de terminer dans quelques mètres de caillou péteux. Nous voilà au pied de la congère, et 4 vertigineux mètres nous attendent pour vaincre ce géant de neige vertical. Bref, pour moi (Thibaut), c’était un peu l’aventure. Pour les autres, même Camille pour sa première course elle aussi, c’était un peu comme une contre-marche d’escalier. C’est ça, le sport pour tous.

 

S’en suit la longue marche d’arête, on déchausse les crampons et on y va, le bas n’est pas très venté, on avance bien, tenant notre place de second groupe de la matinée dans l’ascension. On rechausse environ 150 m D+ plus loin pour attaquer une bien belle pente de neige bien molle dans laquelle on s’enfonce bien jusqu’à la hanche (pour rester poli). Encore quelques ilôts rocheux, cette fois bien exposés au vent (ils annonçaient 70 à 80 km/h la veille au soir), et on se retrouve en vue du sommet, à cheval sur une belle congère… toute bien molle elle aussi, qui commence à nous tremper sévère ! Nous voilà donc avançant sous le vent telle une caravane de cul-de-jattes (sauf leur respect) jusqu’à environ 100 m sous le sommet où la croûte de regel se fait suffisamment solide et la progression plus aisée. Au passage, beaux aperçus entre 2 lambeaux nuageux du magnifique paysage et notamment sur l’aiguille du Plat de la Selle, le Replat, la Meije de l’autre côté et plus loin au sud la Grande Ruine et la barre des Écrins. Que du bonheur !

 

Bonheur vite oublié pour nous les novices lorsqu’on se retrouve dans les bourrasques à cheval sur le dernier bout d’arête ! “Un peu vertigineuse” qu’ils disaient ! Pas fous non ! Faites-nous redescendre fissa !

 

Aussitôt dit aussitôt fait, photo souvenir vite expédiée, on se retrouve à cavaler tels 5 mammouths dans un magasin de glaçons pour rejoindre des hauteurs plus abritées du vent. À ce moment, déjà le sentiment du devoir accompli, la mi-journée s’avance, on prend le temps de dire “ouf” mais on savourera après la rimaye ! S’agit de rester concentrés.

 

Conclusion on revient tous sains et saufs au refuge (vers 13h30), Christophe a pu finir ses BD, Pierre se demande si c’est vraiment déjà fini et si on en ferait pas une deuxième dans la journée, Aurèle est content (mais ne vomit pas), Camille et moi on se regarde en se disant qu’apparemment, c’est bon, on l’a fait cette première en alpi !


Au total des souvenirs plein la tête, beaucoup de chance avec une météo qui nous a tenus en haleine toute la semaine, de bonnes conditions pour une course idéale pour débuter, merci les copains et merci le GAUL ! Dur dur de reprendre le train pour replonger dans la grisaille parisienne… vivement la prochaine !