09-02-2020
Ecrins
1385
1246
2631
PD
6 h

Il y a dans l'arsenal du GAUL toutes sortes d'engins volants :

  • des carreaux d'arbalète (p. ex. Jérôme C. et al. ; Jocelme en partant de plus bas que le bas : 2300 m de D+) ;
  • des flèches (p. ex. Antoine B. et al. ; Grand Ferrand par le chourum olympique : 1600 m de D+) ;
  • des fléchettes

C'est plutôt des ces dernières qu'il sera question ici. Ce qui est chouette au GAUL c'est qu'il arrive que les différentes catégories se mêlent et c'est comme ça que Vivienne S. s'est retrouvée parmi nous.

Elle n'en menait pas large, la Vivienne, sur le parking de Molines-en-Champsaur, à 1250 m d'altitude, et pas un pet de neige autour d'elle. Lorsque nous arrivons, elle a l'air de se demander si elle n'a pas pas tiré le plus mauvais lot parmi les quatre possibles ce jour-là mais elle nous accueille tout de même avec chaleur.

Ah, se pointe aussi Jérôme G., avec un très gros sac et des raquettes, ce qui me fait penser que, dans ma taxonomie des engins volants du GAUL, j'avais oublié les OVNI.

Départ donc, vers 9 h 30, skis au sac, sur le superbe sentier que les Anciens avaient dû se donner bien du mal à tracer, empierrer et entretenir et qui commence sérieusement à tomber en ruine. Des cultures et des pâturages d'autrefois il ne reste qu'une clôture dernier témoin d'une activité pastorale résiduelle.

À mesure que nous avançons vers le nord, on ne voit pas beaucoup plus de neige qu'en bas et je commence à avoir quelques doutes sur mes prévisions (300 - 350 m de D+ en portage) et quelques craintes de finir dans le goudron et les plumes.

Mais, pratiquement comme prévu, lorsque le sentier commence à tourner vers l'est et après un peu moins de 300 m de dénivelée nous pouvons enfin chausser. Si les Anciens, qui en connaissaient décidément un rayon, avaient nommé « Font Froide » la source près du col, c'est qu'elle ne devait pas distribuer de l'eau tiède. Vivienne nous confirme que ce vallon est réputé pour sa froideur mais qu'elle n'y a jamais eu aussi chaud que ce jour-ci.

Nous sortons du bois et, comme le topo le raconte, vers 2000 m la pente se raidit progressivement. Les pentes de part et d'autre du vallon sont bien purgées comme en témoignent les nombreux dépôt d'avalanche plus ou moins récents. Il y a bien quelques anciennes traces mais avançons tranquillement dans ce coin qui a l'air bien perdu. D'ailleurs, nous voyons deux chamois, qui ne s'attendaient pas à voir du monde ce jour-là, détaller dans les pentes droites du vallon. La neige, plutôt dure et fortement travaillée par le vent (un bon crivetz à dû souffler par là), n'annonce pas du grand ski pour la descente que l'on attend plutôt en mode racloir.

Vivienne, en locale de l'étape, mène, de loin, la petite troupe. De son coté, Jérôme G. vit sa vie, un mystérieux entraînement pour une future ascension septi-milliste !

L'heure tourne et le soleil finit par nous tomber dessus vers la fin de la dernière pente raide (2300 m environ).

Comme il est déjà tard (et que, avouons-le, nous en avons déjà plein les jambes), nous déclinons une offre ultime de Vivienne de sortir un peu plus haut que col, du coté du Banc de l'Ours, et nous atteignons le col vers 13 h.

Pause casse-croûte au col d'où la vue est très belle vers l'est et le nord et où une grosse corniche qui domine le versant est s'est formée.

Pour la descente, le soleil a ramolli la neige dans le versant droit du vallon et le ski est plus plaisant qu'attendu. Il faut rester prudent car nous observons une coulée qui n'y était pas à la montée. Vers 2200 m nous retrouvons Jérôme G. qui, de son coté, n'a pas chômé et n'a pas eu à utiliser ses raquettes. Nous le laissons là, à sa pause casse-croûte, avant qu'il n'entame sa propre descente. Nous convenons d'un envoi de SMS lorsqu'il aura atteint à son tour le parking.

Abusés par nos désirs de fraîche, nous tirons vers la gauche, vers l'ombre, pensant y trouver de la neige légère. Peine perdue, nous ne skions là-bas qu'une croûte bien glacée et, fort heureusement, solidement portante. Retour vers la partie ensoleillée, finalement bien agréable et qui, assez mystérieusement, ressemble plus à une poudreuse qu'à une neige ramollie (le vent ? quand on y comprend plus rien, on peut toujours invoquer le vent).

Nous revenons assez vite dans la zone boisée, au début bien clairsemée, en pente douce et tout à fait accueillante. À mesure que nous descendons, le bois devient plus touffu et moins enneigé jusqu'au point où il nous faut déchausser. Il ne reste qu'à retrouver le sentier et rejoindre à pied le parking.

Congratulations (méritées !) et au revoir à Vivienne que nous espérons bien retrouver lors du rassemblement de fin mars (mais sera-ce pour skier ?). Nous nous lançons dans un jeu de piste pour retrouver nos camarades, éparpillés aux quatre coins du Valgaudémar et du Dévoluy, et récupérer une gâche dans une voiture pour rentrer à Lyon. Nous ratons la première étape à Corps mais, après moults échanges téléphoniques, nous retrouvons une partie du groupe à La Mure dans le cadre riant du parking d'Intermarché. Les retours à la civilisation sont souvent brutaux. Repliés dans un café qui n'en finit pas de fermer nous retrouvons même Jérôme G. !

Et voilà comment, d'un rassemblement de cascade de glace raté, on peut faire un week-end de ski finalement assez réussi !