23-01-2021
Taillefer - Matheysine
650
F

Après un départ de Lyon dans une voiture bien chargée, après avoir débattu sur les habitudes arboricoles Napoléoniennes, nous nous arrêtons à un croisement, quelque part entre Grenoble et La Mure. Il a bien neigé durant la nuit, et la route que l'on s'apprête à emprunter est recouverte d'une mince pellicule mi-neige, mi-glace. Équipé de pneus étés, on hésite à s'engager. ça tombe bien, une voiture de gendarmerie attend en planque sur le bord de la route. Je m'adresse à eux pour leur demander s'ils savent la route déneigée plus haut. Étonnés que ce soit un civil qui toque à leur carreau, les voilà qui hésitent "bah euh ... on vient de voir passer le chasse neige." Alors on s'engage, et après une belle lutte sur cette route enneigée, il faut se rendre à l'évidence. Arrêt et enfilage des chaussettes, sous le regard hilare de quelques locaux (la voiture immatriculée en région parisienne explique sûrement cela!).

On finit par arriver dans la station fantôme de Saint Honoré 1500. Jamais achevée, les bâtiments ouverts aux vents côtoient quelques immeubles finis où vivent de rares habitants. Drôle d'ambiance. On chausse les skis, et on prends le large, doublant un immmmense groupe de Cafiste. Nous nous dirigeons vers le Col de l'Ollière. Il fait beau, les lumières matinales éclairent les lacs du Matheysin de couleurs féériques. On s'élève d'abord sur une route forestière, puis sous des pentes assez raides, mais que le vent a bien purgé. Arrivé à une intersection, on quitte la trace qui monte vers le Thabor et nous nous dirigeons à travers un joli plateau vers notre objectif. Un dernier coup de cul et nous voici au col. La montée s'est faite dans une agréable neige fraîche, mais de l'autre côté du col le vent à tout décapé. C'est tout dur, c'est tout sec, une vraie Tuscherie.

On voulait initialement descendre de l'autre côté, dans le domaine de la station de l'Alpe du Grand Serre, mais cette neige ne nous fait pas vraiment envie. Alors on entreprend de remonter vers le sommet du Perollier qui nous surplombe par son arête SE, en neige.À notre gauche, une belle face assez raide qui n'attend que des spatules inconscientes pour purger. À notre droite, une autre face toute décapée, où de maigres îlots de neige dure côtoient mottes de terre et petits rochers à nu. La progression n'est pas simple: c'est assez raide et trop étroit pour pouvoir enchainer les conversions. Il faut naviguer entre la corniche et la neige béton, sur un mince filet de neige fraiche. Devant, Aurélien montre la voie. Dans un passage, on le voit tenter de passer un peu trop à droite. Les skis crissent, le voilà qui glisse lentement mais sûrement. Il tente de se rattraper,  mais déjà le voici parti. Les skis butent sur quelque chose, il bascule et le voilà qui enchaîne les galipettes dans la face. Il disparaît à nos regards sans un bruit. L'action était amusante la première seconde, mais l'inquiétude s'empare de nous... Et puis enfin, "ça va!" Je le vois arrêté 50m en contrebas. Il me fait signe de la main, et se relève lentement. Ouf. "J'ai un bâton plus haut, un ski plus bas ..." "Besoin d'aide?" "Non, ça va, je vous rejoint à l'ouest, au col du Parché!" 

On continue prudemment jusqu'à la cîme, en veillant à ne pas faire la même erreur. On tente d'analyser l'incident. Avec des couteaux, ça ne serait pas arrivé, mais on arrive à éviter ces zones de neige dure en restant bien dans la zone de neige fraiche. Et puis la raideur de la pente rend difficile de se passer des cales. On s'accorde sur le fait qu'heureusement Aurélien portait son casque à la montée. 

Là-haut, on rejoint l'arrivée d'un télésiège. Le mauvais temps annoncé pour le début d'après-midi est en train d'arriver rapidement. Alors on ne traine pas, on dépote et on descend rejoindre Aurélien. Cette première descente est inégale mais pas désagréable, entre une piste à la neige béton et des plaques de poudreuse fraîche. Mais un jour blanc s'installe, et déjà je creuse une baignoire, faute de bien distinguer les reliefs. Le groupe réuni, on repeaute pour rejoindre le col. On hésite à poursuivre jusqu'au sommet de l'Alpe du Grand Serre, mais nous voilà pris dans la brume, ce qui écourte l'hésitation. On entame la descente dans une large et belle pente à l'ouest du col du Parché. La poudre répond présente, on s'encanaille de quelques virages, mais me voici rappelé à l'ordre, les skis plantés tête la première, de la neige ras la glotte. Je me retourne et me relève, mais c'est pour constater de la casse : rien de bien grave, mais voilà un bâton sectionné en deux. ça augure du bon pour le reste de la descente ... On se remémore le remontrances de Claude à la vue de bâtons multi-brins (à la décharge des multibrins, la casse s'est faite au milieu d'une section) Leçon retenue, les prochains seront d'un seul tenant! 

On repart, et le groupe se fait plaisir de quelques beaux virages. Je m'évertue à les imiter en développant une technique bien à moi de ski mono-bâton. 1/10 pour le style, 11/10 pour l'audace. Un dernier slalom entre les sapins et nous rejoignons la piste forestière. Encore quelques centaines de mètres en pente douce dans une ambiance digne des meilleures sorties en ski de fond, et il nous faut repeauter pour rejoindre la voiture un peu plus haut. 

Au parking, un chasseur scrute la montagne, le fusil en bandoulière. Il fait gris, il neige mais nous voyons deux kitesurfeurs emprunter nos traces. Étonnante faune. On s'apprête à repartir quand émerge Loïc, qui skiait de son côté avec sa cousine après être arrivé trop tard pour se joindre à nous. Plaisir des retrouvailles, on échange quelques mots mais il faut vite se rendre à l'évidence : il fait de plus en plus moche et de plus en plus froid, alors il faut abréger. En route vers le Champsaur, pour une nouvelle sortie qui nous réservera encore plein d'émotions, de plaisir et de beau ski!