14-02-2021
Ubaye - Parpaillon - Alpes Cozie S
1300
PD

Dernier jour de notre séjour en Ubaye. Après un programme mi-ski, mi-cascade, on a décidé de s'orienter vers une journée 100% ski. Les conditions s'annoncent idéales. De la neige fraiche en abondance et un grand soleil qui va nous accompagner toute la journée. En respectant les précautions d'usages (on a pu voir la veille que les crêtes subissaient le travail du vent), on se lève ce matin-là avec une confiance assez forte quant au potentiel d'indécence de la journée. Voilà, le décor est posé, on peut commencer ce récit.

À l'aller, on est passé par le col de Vars et on a pu contempler dans un virage de très belles combes dont les pentes blanches ont agi comme un appeau dans notre cerveau reptilien. C'est donc par ici que se jette notre intérêt. On a repéré un possible enchainement dans un topo : montée par le vallon de l'Infernet jusqu'à la Grande Combe, bascule à l'ouest vers les Haute Pousterles et retour par le vallon du Crachet. Sur la carte ça parait bien, peut-être un peu long ... 

Pour le départ, impossible de se garer aux lieux dit de "l'Infra-bas" ou de "l'Infra-haut". Alors on laisse la voiture sur un parking, proche de la Stèle qui termine la combe du Crachet. La journée commence par une longue traversée descendante sous les arbres sur une route forestière enneigée. On résiste à l'appel du Derby-mélèze, alimenté par le souvenir encore chaud de la veille, pour arriver gentiment à l'entrée du vallon de l'Infernet. Louis est devant et ouvre le chemin. Au début, pas de doute sur le cheminement, mais après une centaine de mètre de montée tranquille, un premier choix s'offre à nous. Rester dans les traces de descente, proche de pentes Sud-Est qui promettent un cheminement ensoleillé agréable. Ou plutôt faire nos traces dans la fraiche sous l'autre versant, d'imposantes falaises orientées Nord-Ouest. On choisit cette seconde option, plus sauvage mais qui nous condamne à l'ombre.

C'est qu'il fait froid en ce jour. La montre de Maëlle indique des températures aux alentours de -15. Alors le meilleur moyen de se réchauffer, c'est d’avancer ! Les dunes et crêtes au fond du vallon sont au soleil, alors on s'accroche à l'espoir de températures plus clémentes pour maintenir le rythme. On est bien aidé par Louis qui, toujours, fait la trace et se permet même un dépautage de quelques dizaines de mètres en attendant notre progression, plus lente. Enfin arrivés au soleil, nous marquons une pause pour revoir notre cheminement. On aperçoit de nombreuses traces de descente dans une pente assez raide, que nous identifions comme le sommet de la Grande Combe. Face à nous et à gauche de cet objectif, une ligne de crête, dont les accès sont masqués par les collines enneigées. Notre interprétation de la carte diffère, mais nous sommes d'accord sur le fait que l'accès à la Grand Combe, dans les traces de descente, est peu souhaitable. Sur la carte, la trace ski de rando suggère un cheminement sur l'arête, c'est donc l'option qui se dégage à ce moment-là, même si cette dorsale apparait un peu alpine par endroits. On décide d'avancer plus en avant vers le fond du vallon pour mieux repérer les différentes alternatives qui s'offrent à nous.

On commence une traversée dans une pente raide et un peu trop chargée. Constatant l'erreur que nous sommes en train de faire, on préfère perdre du dénivelé pour contourner cette pente et s'approcher du versant sud du vallon. Enfin, on y voit plus clair. Au fond du vallon, une petite pointe se dévoile à nous. Selon toute évidence, nous nous sommes trompés : c'est elle la Grande Combe! L'autre sommet et ses nombreuses traces de descentes est en fait la tête du Crachet. Erreur de lecture de carte un peu humiliante, mais nous voici remis sur les bons rails. On reste sur notre objectif de la Grande Combe. On repère une magnifique pente qui descend directement du sommet, face à nous, et dans laquelle seule deux jolies traces sont visibles... La graine est semée...

La montée se fait en suivant plus ou moins la trace ski de rando sur la carte IGN, jusqu'à rejoindre les crêtes au point 2774. De là, une traversée juste sous l'arête nous mène au petit collu, 50m sous le sommet. La journée était déjà froide, mais là on prend de belles rafales qui nous congèlent sur place. On aperçoit, de l'autre côté, la face ouest de la tête du Crachet. Ça nous apparait plus raide et bien plus long qu'imaginé, on ne voit pas trop par où on pourrait passer rapidement. L'heure est assez avancée pour un retour à Lyon sans (trop) enfreindre le couvre-feu. Alors on décide d'abandonner notre objectif initial et de se contenter d'un retour par notre itinéraire de monté. L'appel de cette magnifique pente quasi-vierge n'y est pour rien, soyez en assuré. J'ai un peu peur de l'attaque de la pente qui semble en neige dure et assez caillouteuse, alors j'abandonne là mes camarades. Ils rejoignent le sommet assez rapidement, non sans avoir installé leurs couteaux. De mon côté je gèle sur place, n'attendant que leur signal pour m'éloigner du vent en me jetant dans la pente. Signal qui arrive assez rapidement (mais pas assez pour mes pauvres doigts). C'est parti, et ça va être un vrai feu d'artifice...

Louis passe le premier, suivi de Maëlle. De belles gerbes de poudre les accompagnent dans chaque virage, si fines qu'on croitait de la vapeur. Je les suis et les rejoints en contrebas. Sourire à en perdre la mâchoire. C'est de la bonne ! L'ensemble nous apparait stable, la pente est assez raide pour qu'on puisse se faire plaisir, mais suffisamment peu impressionnante pour que l’on n’ait pas peur de lâcher les brides. Les conditions sont absolument idéales. On sautille, on enchaine les courbes jusqu'à explosion des cuissots. La longueur de la pente permet à chacun d'exposer toutes les facettes de son style. La quasi-absence de trace nous permet, d'un regard dans le rétro, de contempler nos belles sinusoïdales d'un regard satisfait (ou critique, c'est selon). On finit par marquer un réel arrêt une fois sorti de la pente, sur un petit replat. Les 10 minutes écoulées sont la parfaite définition de l'indécence.

La suite de la descente n'est pas en reste, malgré des pentes moins soutenues. Ce vallon est un régal à descendre, il n'y a rien à jeter. A part un plat qui passe tout juste sans pousser sur les bâtons, tout n'est que petites taupinières arrondies, sur lesquels le skieur vient chercher une relance pour mieux partir chercher la jolie contrepente qui lui fait face. La neige est extra, bien que sur la toute fin on commence à voir apparaitre croute et traffolage massif, à la faveur d'un étranglement. Le sort se devant d'équilibrer cette descente incroyable, la sortie se clôture par un pénible repautage pour remonter cette longue traversée en sous-bois, désormais ascendante. 

J'ai déjà utilisé bien des superlatifs, et pourtant il m'en faudrait encore pour résumer cette sortie. Ce vallon tout bonnement magnifique et l'érosion l'a idéalement profilé pour le ski. Il vient clôturer en beauté 4 jours en Ubaye, 4 jours qui en appellent d'autres tant nous n'avons fait qu'effleurés les possibilités offertes par le massif. Un grand merci à Maëlle et Louis pour ces jolis moments, un grand merci à Rémi et Catherine pour l'orga, et un immense « merde » au Covid et à la période qui nous aura coûté leur présence.