21-02-2021
Beaufortain
1200
AD

La combe Bénite, ça fait partie de ces sommets qui ne payent pas de mine. C'est une course tranquille, 1200m de dénivelé sans grande difficulté orienté au sud. Une petite pointe, judicieusement placée au dessus d'Aime, véritable château surveillant les accès sud au Beaufortain. Et qui offre également un beau panorama sur la Vanoise, du Mont Pourri à la face nord de la Grande Casse. Vu l'orientation générale, ça n'en fait pas une destination de choix en ce weekend où le mercure fait péter tous les records de chaleur. Pourtant, à bien y regarder, ce sommet offre également une belle face nord, ombragée, dans laquelle plusieurs couloirs s'engouffrent depuis la ligne de crête. Pentes raides mais cotation légère (4.1), pas trop longs et à l'exposition limitée. Voilà ce qu'il nous fallait pour cette journée de printemps avant l’heure !

Et en parlant de printemps, l'arrivée au parking nous met tout de suite dans le bain. Il fait beau, il fait chaud, les alpages sortent de leur hibernation. Et dire que nous sommes encore en février, misère ! Autour de nous, ça s'affaire. On n’est pas les seuls. Le départ se fait au rythme des vieux copains qui se retrouvent. Victor est surexcité à l'idée de skier enfin sur un vrai itinéraire et Nico compte bien mettre à profit le foncier accumulé pendant une semaine en famille à Valloire. Il manque juste le quatrième larron, mon pote Raph' qui a décliné par cette phrase lapidaire "mes potes de Chambé' sont sortis aujourd'hui, ils disent qu'au Nord ça va être béton..."

Les premières pentes se font sur les pistes de la micro-station de Granier. En à peine 10 minutes, on est déjà en surchauffe. On évoque l'idée de skier en short et en marcel. Plus haut, une dame semble nous avoir entendu puisqu'elle nous double, le pantalon totalement fendu jusqu'aux fesses. Je tente un itinéraire bis sous les arbres, mais revient vite au soleil : à l'ombre la neige est si dure que la pente me fait plus reculer qu'avancer. On arrive sur le haut du domaine, on passe au milieu de deux banderoles "Arrivée", trace d'une course de ski alpinisme passée (ou à venir ?). Un petit écart de la trace pour une pause nous permet de gouter une petite zone de neige au nord sous un relief. Un petit relief. Une mini-colline. Appelons ça une collinette. Elle est plutôt douce, presque poudreuse. Mais la colinette n'est pas notre face nord, alors on ne s'avoue pas tout de suite gagnant.

Suite de la montée, on contourne la Roche à Thomas par une traversée dans des pentes raides et en plein soleil. Le topo indique l'endroit "à risque" par temps chaud, alors on ne traine pas. Puis un replat et un coup de cul nous mène sur les crêtes. Nico et Victor pensent à sortir le casse-croute, je douche leurs espoirs en leur rappelant que nous sommes sous une antécime, mais pas sous le sommet ! Alors on repart, on profite du paysage en haut de la petite pointe, puis une rapide traversée par un collu nous amène à notre objectif, le sommet de la Combe Bénite. Vue à 360 magnifique, le temps clair et dégagé nous offre tous ses sommets, du Beaufortain à la Vanoise en passant par l'inratable Mont Blanc. Là, on peut manger.

S'engage maintenant les négociations sur l'itinéraire de descente. On débat de la pente, de l'exposition, de la qualité espéré de la neige. On pourrait aussi redescendre par l'itinéraire de montée dans une neige bof bof, ou rejoindre un col plus tranquille. Mais non, on tombe tous d'accord pour aller dans le couloir Oriental, celui que le topo indique comme le plus long et intéressant. Youpi! On glisse sous la cime sur un collu. De la part un couloir, les gens hésitent à s'y lancer mais choisissent de continuer la traversée pour rejoindre une large pente de neige que l'on aperçoit, 50 mètres à l'Est. Notre interprétation du topo nous fait nous jeter dans la pente sous nos skis. Nico ouvre la voie, et enchaine quelques bien jolis virages. la neige est d'une qualité tout à fait satisfaisante, une couche bien portante, et un fond dur mais qui grippe bien.

Une petite chicane nous amène à une étroiture. On aperçoit des rochers, on s'inquiète du passage. Nico qui est devant jette un oeil et nous rassure : ce n’est pas large mais ça passe bien. Il s'élance, disparait à notre vue et réapparait rapidement en bas de la face, dans une godille à faire rougir Sylvie. ça a l'air bon ça! Avec Victor, on avance plus prudemment, saisissant le prétexte des arrêts photos pour ménager nos efforts. C'est un vrai plaisir, chacun travaille sa technique de virages rapides, parfois sautés, pour passer le goulet. Puis la pente s'élargit et s'aplanit, il ne reste plus qu'à enchainer les virages pour rejoindre Nico qui nous attends au soleil. Regard en arrière plein de satisfaction. A mieux y réfléchir, pas certain que c'était le couloir voulu. Le reste de la face offre des itinéraires plus larges dans lesquels il doit être plus facile d'enchainer les virages. Mais bon, ce passage plus étroit nous aura permis de travailler notre technique et se sera avéré très ludique !

Repartis pour la suite, nous empruntons une large combe dans laquelle un jeu de pentes et contre-pentes promet beaucoup. Mais promets juste ... là, la neige a bien pris le soleil et c'est le festival de la croute. La skiabilité est pas top top ... Plus bas, un nouveau passage raide où l'on peu choisir entre des pentes ensoleillées où la neige est vierge mais immonde, ou des pentes ombragées où la neige est correcte mais salement traffollée. Puis, parce que ça manquait au tableau, arrive le ski dans les anciennes coulées d'avalanches, de bouloches en bouloches. On aura tout vu! Ha non, je ne vous ai pas encore parlé de la trèèèèèèèès longues traversée sur la route non déneigée, que l'ombre des arbres a heureusement gardé en neige. Aux suivants, ce conseil s'impose : en bas des couloirs, si il vous reste du jus il semble plus judicieux de repeauter pour remonter au sommet et redescendre par l'itinéraire de montée pour éviter ce retour peu intéressant.

Arrivée au parking et retour à Lyon dans la folie des bouchons pré-couvre feu, non sans avoir fait un crochet par Bourg Saint Maurice pour un arrêt fromage OBLIGATOIRE. Dans la voiture, on se repasse le film et on essaye de revivre, en souvenir, les sensations si plaisantes dans ce couloir. Et de s'interroger "Vous en avez pensé quoi de la NEIGE BETON en nord?" *rires gras*

Allez sans rancune, les gars de Chambé'!