19-02-2021
Ecrins
1000
2000
2800
AD
4h

Après avoir vaqué à nos occupations respectives, de Belledonne aux cascades de la Grave, nous arrivons un jeudi soir printanier, mais frais, au Monêtier-les-Bains. Le couvre-feu nous trouve déjà abrités chez JB, guide local, vieux loup de mer malgré son jeune âge, et accessoirement vieux copain de Bruno. Objectif : le couloir Davin, sur la montagne des Agneaux. Mais les conditions printanières et l'orientation nord nous font hésiter... JB nous confirme que le couloir est béton et pas très rigolo à skier. Nous profitons de sa connaissance pointue de tous les vallons des Ecrins pour chercher un objectif plus plaisant.

Après avoir poliment décliné ses suggestions de tricotage à 3000m de D+, nous nous laissons tenter par une traversée N -> S du pic est de Combeynot. D'après lui, "ça passe partout dans la face nord, ensuite on prend un petit bout d'arête joli comme tout, et le couloir devrait être décaillé quand vous arrivez". Parfait.

Nous partons donc l'esprit léger et l'estomac lourd après un bon petit déj. Nous chaussons les skis (merci Sélim pour le dépannage !) vers 9h30 - rien ne presse puisque nous montons dans une face nord bien encaissée et que les dernières chutes sont... c'était quand déjà les dernières chutes ? Nous prenons tout de suite un bon rythme, jetant de temps à autre un coup d'oeil à la face nord pour repérer où, précisement, est ce que "ça passe partout".

Comme nous sommes un peu intimidé par l'arête ouest, et que surtout nous nous croyons plus malins que tout le monde, nous décidons de monter un couloir dans lequel personne n'est encore passé, et qui semble mener au sommet par l'arête nord-est. C'est parti, Minh se dévoue pour faire la trace. Les conditions de neige sont assez délicates, entre croute verglacée et plaques à vent pleines de sucre en poudre qui ne demandent qu'à partir. Nous parvenons à tirer notre épingle du jeu sans prendre trop de risques et nous voilà bientôt dans le couloir, skis sur le sac. C'est court et nous remontons bientôt les pentes qui le dominent, longeant l'arête est vers le sommet.

Mais... est-ce bien le sommet que nous voyons depuis le bas ? Que non ! C'est une antécime. Le doute point... Nous avançons l'angoisse au creux des reins, l'incertitude au cœur. Et, débouchant sur l'arête au pied d'un ressaut rocheux, nous devons nous rendre à l'évidence : c'est le but. Ma grand-mère me l'avait dit : qui fait le malin, tombe dans le ravin. Versant ouest, une barre rocheuse surplombée d'une corniche dantesque nous barre le passage. Versant est, une pente de neige raide pourrait nous permettre de contourner l'antécime qui nous surplombe, mais, après quelques pas, Minh se rend compte que c'est un traquenard. Nous rebroussons chemin.

La descente commence de manière chaotique, sur une neige dure, raide, au dessus de barres pas folichonnes. Benoît nous fait quelques frayeurs en engageant gros, Minh se promène, tout en style. Le couloir est descendu en quelques virages serrés, et nous retrouvons en dessous une neige bien meilleure, encore froide, où nous nous engageons chacun notre tour. C'est si bon que nous repeautons et remontons 200m (sur un itinéraire bien tracé cette fois ci !) pour aller manger notre sandwich au soleil. N'ayant rien appris de notre erreur du matin, nous décidons ensuite de descendre dans un vallon inexploré. Nous sommes sûrs que ça passe car on le voit bien du haut, mais la neige est plus que moyenne. Benoit, en snow, n'est pas gêné par la croûte ; Minh et Bruno font moins les malins. Nous nous faisons cependant bien plaisir dans les 500 derniers mètres de descente, dans une grande pente large à 25° couverte d'une neige excellente. Au parking, à 15h à peine, nous constatons que Minh a bien fait de faire demi-tour : si nous nous étions engagé, nous aurions dû traverser plusieurs couloirs et épaules rocheuses avant de pouvoir rejoindre le sommet. JB, le guide local, nous réconforte par texto : "Je valide complètement ce genre de démarche. C'est pas grave de buter, de toute façon l'objectif c'est d'aller se promener et profiter de la montagne. Il faut être curieux. Et puis c'est formateur, ça permet de ne pas perdre pied quand la montagne ne ressemble pas à ce qu'on avait prévu". Si c'est validé par un professionnel, c'est que c'est une bonne journée !