05-07-2020
Ecrins
AD

Comme les CR semblent être au point mort, tachons de vous distraire !

Un projet, 2 sommets, un trio ! et c’est le départ pour l’aventure !!!

Olivier nous propose la traversée : Pavé-Meije orientale.

Enthousiastes, nous nous retrouvons sac au dos au parking de la Gravière après être passés prendre Laure à Grenoble.

Un début, somme toute, assez classique : une montée au refuge sous le soleil, un duo de filles qui papote en faisant connaissance, de jolies fleurs, ruisseau, nombre névés…Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes !

Nous arrivons au « magnifique » refuge-cabane du Pavé juste avant le dîner, à temps pour discuter de la course du lendemain avec la gardienne : l’accès au Pavé passe bien, enneigement jusqu’au sommet. Par contre, un alpiniste est tombé, la veille, du rappel ; un point aurait sauté. Secouru, il semble qu’il s’en soit sorti ! Ça nous fait un coup mais après tout, il n’y a pas de risques objectifs.

Un repérage de l’itinéraire à l’heure du coucher de soleil (histoire de faire de belles photos !) puis, à défaut d’un tour de barque sur le lac glacé (c’est fou, l’année précédente à la même époque il était complètement  dégelé), nous allons jeter un coup d’œil sur les ruines du refuge emporté par l’avalanche ! Des matelas de fortune y sont même installés pour les plus téméraires !

C’est l’heure du couvre-feu ! Les sacs sont quasi bouclés pour le départ et les réveils enclenchés…après discussion sur la rapidité de chacun à se préparer et sur le fait qu’une course à 3 prend toujours plus de temps ! Objectif : 12h voir 13h au refuge de l’Aigle.

Les derniers rayons du soleil affleurent les sommets tout autour de nous ….et Laure se rend compte qu’elle a laissé sa frontale en train de charger chez elle ! La gardienne en retrouve une oubliée par un alpiniste…ouf ! Sur cette petite mise en bouche, nous partons rejoindre Morphée.

Réveil, p’tit dèj, sacs sur le dos : il est 4h01 (des photos en témoignent…ok, elles ne servent à rien esthétiquement parlant, seulement à mémoriser l’heure aux points de passage !), nous partons.

Après une petite remontée de pierrier - rien de tel pour une mise en jambe -  nous chaussons les crampons. Le ciel est clair, la lune nous accompagne… nous éteignons rapidement nos loupiotes pour en profiter !

La pente augmente doucement…nos lacets aussi ! (pas ceux des chaussures j’entends!)

Laure s’encorde à Olivier pour la dernière pente avant le col. Je finis par en faire de même pour le passage du petit ressaut final en neige et glace accédant au col du Pavé. Il est 6h.

Pour l’instant, tout va bien, une barre – une gorgée-  et ça repart !

Choix du passage de la rimaye, Olivier se lance, suivi de Laure. Je clos la cordée.

-« pierre !»

… on continue… un coup d’œil vers le bas : une cordée arrive du Promontoire et s’apprête à passer la rimaye dans nos traces.

-« pierre ! »

…ça grimpe…

-« pierre ! »

Non, mais ça va durer longtemps !!! Ce n’est pas forcément dû  mes compagnons de cordée : le couloir n’est finalement presque pas en neige !!! … contrairement aux indications de la gardienne ! Mais plutôt en neige et glace ! Ça caillasse de partout et nous grimpons parfois sur de la glace vive ! Olivier nous trouve le meilleur itinéraire possible, sort ses broches à glace, tandis que je tente de rassurer Laure dans les passages délicats (un accident en grimpe a pas mal ébranlé sa confiance en elle…). Bizarrement, nous n’avons pas de photos de cette montée au Pavé !

Enfin, nous arrivons au dernier Gendarme « caractéristique » (élément essentiel de tout topo de camptocamp !) puis au sommet !!! Le soleil brille haut dans le ciel, nous respirons - enfin - et regardons nos montres : Il est 10h -1h30 de retard sur notre horaire- … Bon, c’est encore raisonnable.

Sans perdre de temps, nous rejoignons le rappel : aucun point n’a l’air d’avoir sauté. Par mesure de précaution, Olivier rajoute un piton, fait chanter son piolet et je laisse mon ficelou dans l’opération. Laure entame la descente. Des pierres bougent, tombent parfois bien près d’elle. - Corde libre ! – Je descends à sa suite…et là, à mi descente, c’est le drame : sous mon machard, j’ai en main l’une des cordes gémissant à fendre l’âme…et qui laisse n’apparaître plus que 3-4 brins. Court instant de stress…mais comme on n’a pas que ça à faire, je crie à Olivier que la corde bleue est morte. Malheureusement, je n’ai pas une voix de baryton et un ressaut m’empêche de le voir et de l’entendre. Impossible de communiquer ! (Olivier m’a quand même entendu et bloqué la corde).  Pas d’endroit pour me vacher quelque part, et de toute façon, il a gardé tout le matériel. Je fais doucement passer les cordes dans mon machard puis descendeur et je prends le parti de désescalader. J’ai conscience de ne pas avoir droit au faux pas ! et de ne pas être dans une ligne normale de désescalade ! J’arrive en bas : c’est de la glace vive !!! et je n’ai plus les crampons ! Laure a pu descendre quelques mètres plus bas grâce à la corde pour trouver de la neige et ainsi, atteindre la brèche …mais moi, impossible et je galère. J’entame une traversée sur les rochers avec pas mal d’appréhension pour la rejoindre. Une cordée, qui arrive en sens inverse (la traversée se fait plus classiquement dans l’autre sens), lui prête une sangle. Elle peut faire un relais. Je lui envoie un bout de la corde et elle m’assure (en tout cas psychologiquement !) jusqu’à ce que je la rejoigne ! Ouf ! Je me vache ! Olivier rappelle les cordes et désescalade plus proche de l’arête et donc de la voie de montée. Heureusement qu’il était le dernier à passer  et a su gérer la situation !

Mais l’horloge tourne, pas le temps de rêver : on se réencorde en double sur la corde saine et on repart, Olivier en tête. Y a pas à dire, il gère grave !!! L’itinéraire proche du fil (selon le topo) ne l’est, en réalité, pas vraiment.  C’est magnifique…mais il n’y a guère que moi qui en profite puisque je ferme la marche. Au fur et à mesure de notre avancée, le moral de Laure s’entame de minutes en minutes…ou plutôt de passages délicats en pierres qui dévalent, à peine effleurées, sous nos pieds ou nos doigts! Nous sommes bien dans les Ecrins !!! Les éboulements et leur bruit se répercutant dans le cirque sont impressionnants ! Nous prenons garde à chacun de nos placements ! Faute de respecter un timing, nous préférons tout miser sur la sécurité. Devant, Olivier trace, Laure courageuse le suit et je fais le soutien psychologique ! - Aller, on va juste au relais suivant – au point d’après – pas de danger à ce niveau-là -… Elle réclame quelques « A quelle heure on appelle les secours ? » ; mais comme nous ne nous sommes, tous les trois, finalement jamais sentis en danger ou pas capables de sortir de la traversée, nous continuons. Olivier me laisse prendre la tête une ou deux fois, histoire de respirer un peu. Nous croisons le rappel qui sert pour l’autre sens, c’est le bon endroit où passer ! C’est rassurant !...et puis au bout d’un moment, la découverte du nouveau monde : une dernière longueur est nous débouchons sur le sommet de la Meije orientale !!! Le soleil est juste au niveau du Doigt de Dieu en face de nous ! C’est grandiose ! Quelques photos, graines et gorgées d’eau pour fêter ce sommet, que dis-je, cette étape ! …car nous ne sommes pas encore arrivés !!!

----vous me lisez toujours ?! Wahou, z’êtes courageux aussi !!!

Bon, je continue donc.

Au loin, nous apercevons le refuge de l’Aigle ! …et une longue descente pour y parvenir ! Crampons rechaussés, nous voilà parés ! La fatigue se fait sentir, nous prenons garde à nos pieds surtout dans de rares passages de rochers-glace. Hop la rimaye !, encore de la marche sur le glacier, mais sur pente plus douce, et nous arrivons à proximité du refuge !!!

Rapide discussion : s’arrêter et perdre au moins 20 minutes ou continuer ?!!! Ah, j’oubliais de vous préciser l’heure : 20h45 ! On décide de continuer au maximum avant que le soleil ne nous abandonne à notre sort. Mais c’est sans compter sur le très professionnel gardien du refuge ! Il s’élance à notre rencontre (se casse même la figure, le pauvre, en glissant) et nous reproche de ne pas nous arrêter : les secours sont informés de notre retard !!! Le mari de Laure les a appelés et, prévenu, par le refuge du Pavé, le gardien nous guette aux jumelles. « Heureusement », le PGHM avait une mission plus urgente que nous et nous n’étions que seconds sur leur liste ! Ils ne se seront pas déplacés pour rien ! Le gardien, malgré son refuge complet, nous propose de dormir sur place, surtout que vu l’heure et notre fatigue, il estime notre temps de descente à 4h.

Laure préfère rejoindre son mari. C’est décidé, nous entamons la descente finale ! Le coucher de soleil sur les séracs est splendide et nous en met plein les yeux ! Nous prenons quelques photos (de toute façon, nous savons que nous descendrons sous les étoiles…alors pour quelques souvenirs en plus !) et surtout remplissons nos bouteilles grâce à la fonte de glace…ce n’est pas le moment de se déshydrater ! Nous remontons sur le rocher pour le passage  équipé de cordes fixes et basculons dans le bon vallon. C’est fini, le soleil s’est couché. Les nombreux névés nous permettent de descendre en glissant au maximum presqu’en piolet-ramasse, en plein dans la pente puis nous rejoignons le chemin.

Nous aurons besoin de 2 petites pauses pour souffler et enfin arriver à la voiture ! Embarquement sans tarder. Départ ! Sur le chemin, nous déposons la frontale prêtée, sur la porte du bureau des guides.

Il nous sera particulièrement dur de rester éveillés au volant sans se mettre en danger ! Surtout dans une voiture particulièrement silencieuse !!!

Après tout, une course commence et finit chez soi !

Heureusement, tout est bien qui finit bien !

De bons souvenirs, une expérience très enrichissante et pas mal de leçons !!!

 

Nous retiendrons les principales:

  • Garder au moins un téléphone allumé lors de la course (sur une arête on capte souvent) à partir du moment où l’on explose l’horaire : nous avions tous un message du PGHM sur nos portables.
  • Peut-être dormir avant de prendre le volant après une telle course !
  • Et d’autres encore…

mais j’ai déjà été bien bavarde alors je vous laisse …en espérant vous avoir fait rêver à nos chers sommets quelques minutes !